lundi 22 novembre 2021

Mémoire de la soeurcière.

Mémoire de la soeurcière.

 

 

Le silence est l’insolence de six lances

Qui transpercent le cœur de l’innocente,

Six lances amies pour abréger la souffrance

De celle trahie dénoncée vile et démente.


Silence d’un flot de larmes qui s’élance

A l’assaut des flammes qui s’élèvent,

Silence d’une âme bafouée sans défense

Dont partent en fumée vie, espoir et rêves.


Si lent est le peuple face à la cruelle injustice,

Prompt est la cruauté des uns à livrer les siens,

Silence de coupables d’infamies et de vices,

Six lances braves face à ces lâches vauriens.


Silence d’une haine qui ne s’éteint jamais,

Six lances bientôt condamnées elles aussi,

Si lent est le supplice de ces âmes jadis aimées,

Mais trahies par leurs familles et leurs amis.


Silence de la douleur sourde de ces femmes,

Qui ont soigné et sauvé la vie de tout un chacun.

Silence d’un peuple aveugle qui trahi et blâme

Celles qui ont mis au monde leurs bambins.


Silence de la nuit qui rappelle à la mémoire,

Pour ne pas oublier celles qui fût nos amies,

Nos mères, nos lances guerrières mortes un soir,

Au cœur des brasiers de la haine et de l’infamie.


Ce soir à la lueur des astres et de la lune,

Je rend femmage à la mémoire de ces sœurs,

Ces guerrières de lumière victimes d’infortune,

Ces guérisseuses et herboristes au grand cœur.


Je suis une femme et une sœurcière aimée,

Je suis et nous sommes les petites-filles,

Des sorcières que vous ne pouviez brûler,

Nous sommes la mémoire et la fière apostille.



Hélégia 22/11/2021


mardi 9 novembre 2021

Le Soleil, le Gel et le Vent

 « Le Soleil, le Gel et le Vent »

 (inspiré d’un conte biélorusse).


Nous voilà entrés dans la saison sombre, les jours se drapent peu à peu de températures piquantes et d’un manteau de frissons.
Si d’aventure au détour des chemins vous croisez trois étranges et beaux seigneurs, prenez garde au choix que vous ferez lors de vos salutations… Certains choix d’amis sont parfois importants pour passer les saisons…

Il y a longtemps, un jour, un brave paysan revenant des champs croisa ces trois beaux seigneurs. Trois étranges personnages, richement vêtus, d’allures fières et différentes.

L’un était paré d’un manteau rouge éclatant brodé de fils d’or, l’autre portait un manteau blanc brodé d’argent, et le troisième était drapé d’un long manteau azur brodé de plumes blanches…

Le paysan, poli, s’écarta du chemin pour les laisser passer, baissa son chapeau et les salua respectueusement. Seulement voilà, nos trois beaux seigneurs sont de nature susceptible... Sûr de leur autorité, ils demandèrent prétentieusement au paysan lequel d’entre eux il avait salué d’une telle révérence. La situation est bien embarrassante et prend au dépourvu le paysan.

Devant le silence désappointé du paysan, ils réitèrent leur question : « Alors ! Qui as tu saluer ? Nous sommes le Soleil, le Gel et le Vent ! ».

Le paysan regarda attentivement les trois individus. Le premier vêtu de rouge semblait avoir un tempérament chaleureux et fort... mais autoritaire… C’était le Soleil. Le second voûté et mince semblait plus revêche, grinçant et glacial… C’était le Gel. Quant au dernier, avec ses cheveux ébouriffé, il semblait être totalement tout fou, jovial et avait l’air d’avoir plus d’un tour dans son sac… C’était le Vent.

A y bien réfléchir, quant à se faire deux ennemis, mieux vaut choisir un bon ami. Le paysan annonça donc qu’il avait salué le Seigneur Vent.

Le Soleil et le Gel s’en trouvèrent très vexés, très fâchés et jurèrent de se venger de cet affront l’été et l’hiver prochain.

L’Été venu, il fit très chaud et le paysan s’inquiétait pour ses récoltes. Le Soleil revanchard essaya de faire griller son champ et fit craqueler la terre, toutefois le Vent vint souffler un peu d’air frais pour rafraîchir le sol et pousser quelques nuages au-dessus des cultures. Cette année là, le paysan fît une très belle récolte pour préparer l’hiver.

L’Hiver arriva à grand pas et fût très froid, heureusement cet hiver là le Vent ne souffla pas, cela rendit le froid plus supportable, et le paysan avait rentré assez de bois et de vivres pour ne pas avoir à sortir de son logis de la saison.  Cependant, comme on dit : « la vengeance est un plat qui se mange froid », le Gel n’avait pas dit son dernier mot et fit prolonger l’hiver plus longtemps. Si bien que le paysan fût bientôt à court de bois pour se chauffer.

Se couvrant bien, il sorti donc pour aller quérir du bois, il attela sa carriole et parti en forêt. Sur le chemin, vicieux le Gel, qui avait tant attendu ce moment, se mit à le piquer dans tout les sens et se faufila sous son manteau, dans ses gants et sous son épais chapeau. Ainsi torturé par le Gel et n’y tenant plus, le paysan descendit de sa carriole et finit sa route, tout en guidant son cheval, en courant à côté de sa carriole. Courir ainsi le réchauffa tellement, qu’arrivé à la clairière, il dût se dévêtir un peu. Il posa ses vêtements sur un tronc d’arbre le temps de débiter le bois nécessaire pour chauffer son logis. Malheureusement, le Gel profita de ce moment pour se faufiler dans les moindres fibres des vêtements du paysan. Si bien, qu’au moment de se revêtir et de partir, le paysan trouva ses vêtements glacés, raides et piquants… Impossible de les remettre ! Énervé le paysan, prit sa cognée et frappa de toutes ses forces avec le manche de celle-ci sur ses gants, son manteau et l’ensemble de ses habits gelés… Tant et si bien que le givre vola en éclat, le Gel se retrouva roué de coups, brisé en mille morceaux et poussé par le Vent vers les contrées du Nord où il trouva refuge.

Vous l’aurez compris, lorsque vous croiserez ces trois seigneurs, choisissez bien votre ami!

Si vous voyez aujourd’hui sur un toit une girouette, c’est que le propriétaire du logis a pour ami le Vent et cette girouette est le symbole de leur amitié.


Conte Biélorusse réécrit par 
Helegia pour l'Association 
Le Merelle et les Hirondelles



lundi 25 octobre 2021

Le Dragon de Tasdemanie

 

« Le Dragon de Tasdemanie »

Illustration bloodofdragons

Le vent souffle, gronde, et tambourine sur mes volets. Les jours raccourcissent , la nuit tombe un peu plus tôt chaque soir et l’obscurité amène avec elle son lot d’ombres, de mystères et de frissons.

A vaux de route glissent les ombres, les chuchotements, les grincements et le bombillement de la nuit.

Une fois n’est pas coutume, ce soir, à la lueur de la bougie, ma plume se veut rieuse et un brin délirante, alors que dehors l’obscurité s’obstine à tricoter des frayeurs…

Il se fait tard… Soufflons la bougie… voici ce que ma plume me raconte ce soir :

Il était une fois… Au Royaume de Tasdemanie… Un prince… Un prince beau comme le jour… Un prince avec la bouille tout sourire…

Bien que tout les bambins naissent la bouille en colère, en braillant et en chouinant, lui, il naît en riant ! Chose plus étrange encore, il a déjà trois dents et une jolie houppette de cheveux indisciplinée ! Oui ! Quel bébé étrange ! Toutefois, cette bouille lui donne un charme fou et un brin rigolo.

Ce petit bout de choux passe à peine la tête pour découvrir le monde, que sa mère, la Reine de Tasdemanie, éprouve pour lui une tendresse et un amour incommensurable. Le Roi, quant à lui, à cheval sur les protocole, l’étiquette et la rigueur, éprouve du dégoût et voit ce bambin comme une injure à sa gloire et sa prestance. Cet enfant, ne correspond pas au fils parfait qu’il a tant désiré...

Malgré le manque d’amour paternel, mais couvé de l’amour de sa mère, notre petit prince grandit fort et en bonne santé. Toutefois, au grand désarrois du Roi, notre bon prince est une plaie pour l’ordre établi à la cour. Joyeux, rieur, farceur et indiscipliné est le petit enfançon, mais également distrait, bordélique, maladroit, toujours mal tiffé, et mal sapé en permanence.

Pour le Roi de Tasdemanie, chaque chose à la cour doit tenir une place bien définie, sur les tables lors d’un banquet les couverts doivent avoir un alignement parfait, sur les meubles il n’y a pas une ombre de poussière, et dans les coins de mur il n’y a aucune place pour la moindre petite araignée... Sur les terres de son royaume, il en est de même, chaque champs, chaque maison et chaque jardin respectent un alignement parfait… Ainsi est le Royaume, soumis à un tas de manies du Roi…

Arrivé à l’adolescence, le Prince n’est toujours pas discipliné et il ne se passe pas une journée sans qu’il ne joue mille et un tours aux habitants du château et ses parents. Il rivalise d’humour et d’idées loufoques pour faire tourner en bourriques tout un chacun avec des blagues exquises et savamment orchestrées… Enfin presque… N’oublions pas que notre prince est certes le roi de l’humour mais c’est aussi le roi des gaffes… Là où il passe, il y a de la casse, il y a des catastrophes et des bourdes à l’étiquette… et le Roi de Tasdemanie tempête et le déteste chaque jour un peu plus. Mais cela ne décourage pas le prince dans ses bêtises et son sourire s’élargit d’autant plus à chaque colère de son père.

Un jour, un automne, le Prince fait la bourde de trop. On est à l’approche de la fête des Morts, une saison où chacun rend hommage à ses ancêtres, et une saison où on se joue des peurs des uns et des autres pour mieux apprivoiser les ombres de l’hiver qui approchent.

A la nuit tombé, le jeune prince décide de se balader, dans les couloirs et les courtines du château, affublé d’un drap blanc démesuré pour jouer au fantôme. Pour parfaire son costume, et faire un maximum de boucan effrayant, il se pare dessous de l’armure de son père.

Mais bien étourdi, malavisé, et ayant lui même peur du noir, notre distrait prince allume une torche sous son drap… et s’en va ainsi dans les couloirs sans se soucier qu’un drap ça brûle...

C’est ainsi, qu’apparaît un drôle d’oiseau en flamme courant en hurlant et en panique dans le château. Les tentures prennent feu, le trône prend feu, le château prend feu, mais fort heureusement chacun arrive à sortir à temps du château. La Reine pleure son fils qu’elle ne trouve pas, le Roi, bien que sévère, s’inquiète pour son fils unique, et les habitants regardent ébahis le château se faire dévorer par les flammes.

Tout à coup, sort des flammes une ombre rougeoyante, on dirait un dragon flamboyant et immense. L’ombre écarlate se précipite et se jette dans la rivière qui borde le château. C’est notre prince, affublé de son drap cramoisi, sain et sauf… Il n’a pas la moindre trace de brûlure, l’armure de son père l’a préservé des flammes et sa bourde du soir lui a enfin mis un peu de sagesse dans la tête. La Reine et Le Roi se précipitent sur lui, heureux de le savoir vivant. Pour la première fois depuis des années, le Roi exprime son amour pour son fils, il lui promet d’être moins rigide avec lui et le Prince présente ses excuses promettant de faire désormais plus d’efforts sur son rôle à tenir à la cour.

Dès le lendemain du drame, les habitants, le prince, le roi et la reine, en pleine solidarité et bienveillance, se mettent au travail pour reconstruire le château et tourner la page.

Depuis ce jour, les troubadours chantent dans les contrées voisines, l’histoire du «  Dragon de Tasdemanie », mais personne ne sait qu’il s’agit réellement d’une banale histoire de « Drap con » et d’un prince maladroit. Le Royaume de Tasdemanie prospère et nombreux sont les chevaliers qui viennent en quête du Dragon de Tasdemanie pour éprouver leur force, leur bravoure et défier l’animal jusqu’ici introuvable…


Hélégia (Dame Péronnelle la Renarde)

Texte écrit pour l'Association le Merelle et les Hirondelles


 

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lundi 18 octobre 2021

Mon Ami Grippin

 

Mon ami Grippin.

 

Illustration Bruno BRUCERO.

Le vent souffle, les feuillus frissonnent et les filoures en bonnes fées sorcières ont sorti leurs balais pour faire danser les feuilles mortes. Avec élégance et poésie, les graciles feuilles tourbillonnent et virevoltent au rythme du chant de la brise.

Ce ballet savamment orchestré par ces filoures, esprits du vent, émerveille mes sens et me plonge au pays des songes. Il me semble, dans ma rêverie éveillée, voir apparaître un dragon au cœur de cette danse des éléments.

Un dragon… Un dragon crachant flammes, flammèches et serpentant la forêt… Un géant ailé au museau fumant de poussière d’humus des sous bois, un dragon aux yeux brillants de l’éclat du soleil qui transperce les frondaisons et aux écailles cramoisies d’or et de carmin.

Ainsi plongée dans mes pensées oniriques, je ne prête pas attention où je pose mes pieds et patatras je trébuche et je me rétame de tout mon long sur le sentier que j’empruntais. La poisse ! Me voilà bien propre maintenant ! Il me semble bien que je sois victime d’un vilain farfadet ou d’une des filoures. Ces coquins aiment bien souvent faire des croques-en-jambe aux humains distraits.

Un ricanement sournois se fait entendre dans les fougères et une petite tête de farfadet aux yeux globuleux me scrute heureux de son forfait… Prestement, je me relève et je me jette sur ce coquefredouille qui m’a joué ce vilain tour. Le pauvre n’a pas le temps de s’échapper, il peste, il s’insurge et il me crache à la figure mille et uns noms d’oiseau que je ne me permettrais pas de vous répéter… Mais ces mots espiègles, vulgaires et colorés, me valent un énorme fou rire.

Surpris de ma réaction, notre coquefredouille se calme et me rejoint dans mon fou rire. Tous les deux, nous rions de bon cœur, à gorge déployée, à chaudes larmes et à ne plus savoir reprendre notre souffle. On finit tous deux, les fesses au sol, assis sur un tapis de mousse et de feuilles confortable pour reprendre notre souffle.

On prend alors le temps de faire connaissance et d’échanger quelques banalités de saison. De fil en aiguille, sympathie, convivialité et jovialité s’installent entre nous. Si bien que « Grippin », tel est son nom, partage avec moi quelques anecdotes et histoires légendaires.

Après s’être fait un au revoir chaleureux, me voilà sur le chemin du retour avec la tête pleine de nouvelles histoires à déposer dans mon grimoire… et une chanson de mon farfadet coquin qui m’invite à prendre garde à mon grimoire…


« Un, deux, trois, trois p’tits contes,

Sont entrés dans mon grimoire,

Ce matin, un lutin, sans grand’honte,

A grignoté mon grimoire … »

 

Hélégia (Dame Péronnelle la Renarde)


 

Texte écrit pour l’Association le Merelle et les Hirondelles

vendredi 15 octobre 2021

C'est l'automne !

 C'est l'automne !



🍂 C’est l’automne, le sort scie l’air, il y a comme un air de mystère dans les frondaisons…

Un temps de sorcière où les tons carmins et dorés prennent leurs quartiers dans les sous-bois.

Les sorcières sont à la cueillette des champignons, les araignées rentrent leurs valises de soie dans les maisonnées et le roi des forêts sort ses grands bois majestueux pour conter fleurette.


🍂 C’est une période propice pour les conteuses en quête de nouvelles rumeurs improbables et frissonnantes. Car derrière les brumes d’automnes se cachent des sentiers empreints d’histoires et de légendes… des mystères à capturer et à glisser dans les grimoires et la mémoire.


🍂 Dans les grimoires et la marmite d’une conteuse, il y a une pincée de rêve, une once de douceur, une louche d’amour, une cuillerée de frissons, un brin de vérité, un soupçon de mensonge, des éclats de joie et un nuage gourmand de sagesse.


✨ Une conteuse est à la fois fée et sorcière, une femme qui a le cœur et la tête dans les étoiles, alors n’hésitez pas à aller à sa rencontre pour écouter ce qu’elle a de beau à vous raconter, vous pourriez être enchantés d’avoir fait le détour par ses sentiers enchantés…


Hélégia (Dame Péronnelle la Renarde)



Texte écrit pour

l’Association le Merelle et les Hirondelles


 

lundi 4 octobre 2021

L'araignée messagère

 

L'araignée messagère.

(source image pinterest) 
 
Sur les carreaux sonne l'eau stone,

 Ça ruisselle ça clapote l'automne,

De la gouttière l'araignée dégringole

Chez moi elle entre comme une folle.

 

Sur le plancher l'araignée file et tricote,

Mais que tricote cette petite sotte ?

Des bottes ? Que nenni ! Des nouvelles !

C'est une lanceuse d'alerte la belle !

 

Il y a bien longtemps notre belle amie,

Tissait de grandes toiles ici et là à l'infini,

Elle y employait tout son art et son temps,

Mais ça mettait en pétard les habitants.

 

Les maîtresses de maison en colère,

Prenaient balais et plumeaux à poussière,

En un clin d’œil toiles et petite araignée,

Étaient du foyer injustement exilées.

 

Notre araignée alla se plaindre aux fées,

Celles-ci écoutèrent attentivement les faits,

Mais elles n'avaient que faire de tout cela,

L'araignée hors salir faisait rien d'utile ici bas.

 

Fées donnaient donc raison aux habitants,

L'araignée n'aurait qu'à attendre le printemps,

Pour aller tendre ses vastes toiles dehors !

Des toiles en intérieur c'est source d'inconfort.

 

L'araignée exilée implora l'aide des fées,

L'hiver on est bien mieux sous toits chauffés,

Elle n'avait pas envie de quitter les maisons,

Pour être utile il lui fallait donc une mission.

 

Les fées lui confièrent un rôle d'exception,

Désormais ici et là dans chaque maison,

Elle aurait le soin d'apporter les nouvelles,

Les présages et les messages du Ciel.

 

Depuis lors si l'araignée de son fil descend,

On dit qu'il y aura joie et bonheur naissant,

Mais si elle se cramponne pour remonter,

Là méfiance il y aura malheur à surmonter.

 

Si vous voyez une araignée filer le matin,

Soyez assurés que vous aurez du chagrin,

Si vous la voyez filer aux lueurs du soir,

Alors votre cœur s'illuminera d'espoir...

 

Hélégia

 

vendredi 17 septembre 2021

Noisette diabolique

Noisette diabolique.



Un petit rayon de soleil, un clin d'œil de mon ami le coudrier qui chaque année m'émerveille, et voilà ma frimousse dehors pour profiter des premières douceurs automnales.

Quelle agréable surprise de découvrir, sous les frondaisons et au pied de mon vieil ami, une multitude de petites têtes encapuchonnées de bonnets fripés: les premières noisettes !

Elles sont malicieuses ces petites noisettes, elles se faufilent, elles se muchent dans les brins d'herbes et les tas de feuilles en décomposition, mais finalement elles finissent dans mon panier !

Sur le chemin du retour, je croise un rat conteur bien bavard qui, en échange de quelques-unes de mes noisettes, me file une histoire ancienne pas banale...

Il y a bien longtemps... Le diable voulu impressionner un enfant téméraire qui n'avait peur de rien. Jusqu'à lors, là où le diable passait, tous se pliaient à la terreur et aux sournoiseries qu'il inspirait. Mais un petit dur à cuire en décida autrement et vint à lui tenir tête.

Pour impressionner l'enfant, le diable usa alors de moult transformations effrayantes. Il se transforma en loup, en ours, en dragon, en monstre gigantesque et puis finalement en tout petit, tout petit, petit vermisseau. A bout de forces et affamé, le diable, ainsi transformé en vermisseau, pénétra à l’intérieur d’une noisette à travers le petit trou qui s’y trouvait.

L'enfant, bien malin, reboucha le trou de la noisette et alla trouver l'homme le plus fort du village : le forgeron.

Le forgeron plaça la noisette contenant le diable sur l'enclume, il leva très haut et de toutes ses forces son lourd marteau, et bam ! Dans un fracas du tonnerre, la noisette se brisa en mille morceaux, le diable en jaillit comme une nuée d’étincelles qui se répandirent au monde entier, allant se ficher dans le cœur des hommes.

Depuis, on raconte que chaque être humain porte en lui une part d'ombre et de malice diabolique...

Helegia



dimanche 14 février 2021

Fleurs d'Hiver

"Fleurs d'Hiver"

(source image: pinterest)

Aujourd’hui  c’est  St  Valentin,  cela  me  donne  envie  de  vous  parler  de  fleurs  d’hiver,  d’amour  et  de printemps…  

Les  jardins  sont  encore  couverts  par  endroit  de  fines  couches  de  neige  qui  s’effacent  peu  à  peu sous  la  caresse  du  soleil  hivernal.  Quelques  petites  tiges  vertes  timides  pointent  le  bout  du  nez  annonçant  la promesse  d’un  printemps  sur  le  chemin  du  retour. 

S’il  y  a  bien  deux  fleurs  qui  représentent  à  merveille  l’hiver,  ce  sont  l’hellébore  et  la  perce-neige  (vous noterez  que  dans  la  langue  de  Molière  «  perce-neige  »  est  féminin  même  si  l’usage  du  masculin  est  toléré  car répandu  dans  le  langage  courant). 

Dès  le  moyen-âge,  on  trouve  dans  les  jardins  la  reine  des  fleurs  de  l’hiver  qui  n’est  autre  que  l’hellébore. Cette  plante  fleurit  l’hiver  lorsque  tout  est  en  sommeil  au  jardin.  Surnommée  également  rose  de  neige,  rose de  noël  ou  encore  herbe  aux  fous,  l’hellébore  est  utilisée  dès  l’antiquité  comme  remède  pour  diverses pathologies.  Hippocrate  l’administrait  comme  laxatif  et  diurétique,  ou  pour  les  troubles  mentaux. 

L’hellébore  avait  réputation  de  soigner  non  seulement  la  folie  mais  aussi  les  douleurs  liées  à la  goutte,  aux  dents  ou  aux  articulations.  Hildegarde  la  recommandait  contre  la  fièvre  quarte.  Cependant,  si elle  était  utilisée  de  façon  vertueuse  pour  éloigner  les  mauvais  esprits  ou  soigner  des  maux,  elle  est également  un  poison.  Sa  toxicité  pouvant  entraîner  des  brûlures  d’estomacs,  des  vomissements,  ou  même  la mort. 

Revenons  maintenant  à  la  perce-neige,  ma  fleur  préférée  de  l’hiver,  celle-là  même  qui  apparaît  dès  les prémices  du  trépas  de  l’hiver. 

Bien  avant  d’arriver  à  l’utilisation  du  calendrier  civil,  le  calendrier  floral  était  un  repère  temporel  non négligeable  pour  nos  ancêtres.  Chaque  hiver,  après  une  période  rude  tant  par  le  froid  que  par  la  famine  ou  les maladies,  l’arrivée  de  la  première  perce-neige  était  pour  nos  ancêtres  un  symbole  d’espoir  puissant  et  la promesse  de  jours  meilleurs.  

Cette  fleur  gracile,  assez  forte  pour  sortir  du  sol  glacé  et  enneigé,  est  un  porte-bonheur.  De  nombreuses  légendes  entourent  cette  blanche  fée  aux  multiples  noms,  tantôt  on  l’appelle  «  fée du  printemps  »,  tantôt  on  l’appelle  aussi  «  violette  de  chandeleur  ».  De  l’autre  côté  de  la  Manche,  on  la surnomme  «  snow  drop  »  (goutte  de  neige)  ou  «  eve’s  tears  »  (larmes  d’Eve). 

Larmes  d’Eve…  Cela  m’amène  à  vous  parler  d’amour,  d’un  amour  maudit  qui  fût  à  l’origine  de  cette  belle légende  à  propos  du  perce-neige  : 

On  raconte  que  lorsque  Adam  et  Eve,  fous  amoureux,  transgressèrent  les  règles  du  jardin  d’Éden,  ils  furent bannis  de  celui-ci.  Condamnés  à  l’exil,  ils  se  retrouvèrent  sur  la  terre  qui  était  encore  un  lieu  hostile  et  peu hospitalier.  Un  jour,  alors  que  nos  deux  amants  erraient  dans  une  tempête  de  neige  en  quête  d’un  havre  de paix,  Eve  s’effondra  sur  la  neige  pliée  de  chagrin  et  de  désespoir.  Si  ses  pleurs  réjouissaient  les  démons hilares  de  ses  déboires,  un  ange  fût  compatissant  à  son  chagrin. 

Cet  ange  vint  se  poser  auprès  d’elle  pour  la  consoler  et  lui  dit  : 

«  Sèche  tes  larmes  Eve...  Le  printemps  sera  bientôt  là  pour  réchauffer  la  terre.  Avec  un  peu  de  patience  et  de labeur,  tu  pourras  retrouver  un  peu  de  ton  paradis  perdu  ici  sur  terre...  ». 

Pour  redonner  le  sourire  à  Eve,  l’Ange  pris  les  larmes  d’Eve  qui  se  firent  flocons  de  neige  sous  ses  doigts  et les  posa  au  sol.  Sous  les  yeux  émerveillés  d’Eve  naquirent  les  premières  clochettes  blanches  et  graciles  que nous  connaissons  aujourd’hui  sous  le  nom  de  «  perce-neige  »... 

En  espérant  que  cette  publication  et  ces  anecdotes  florales  vous  aient  plu,  

Je  vous  souhaite  une  agréable  fête de Saint Valentin. 

Bien  à  vous, 

Hélégia

14/02/2021


lundi 18 janvier 2021

De petits riens sont un bien inestimable trésor

 « De petits riens sont un bien inestimable trésor »

 

(source illustration: pinterest)

La nouvelle année s’est installée brumeuse,

L’hiver pluvieux s’est paré peu à peu de givre.

A perte de vue la nature se fait merveilleuse

Son blanc manteau de moult rêveries m’enivre.


En ces temps troublés la nature est réconfort,

De simples flocons de neige apportent de la joie,

De petits riens sont un bien inestimable trésor,

Instants précieux hors du temps rien qu’à soi.


La faculté de rêverie est une faculté divine

et mystérieuse écrivait mon poète favori,

Chaque flocon rayonne d’une beauté séraphine,

Caresse d’un au-delà léger sans dysphorie.


La neige est un ouvrage de dentelles éphémères,

Tissées par les fées et autres créatures célestes.

Ce manteau blanc fait frissonner nos chaumières,

Mais il invite au voyage imaginaire et à la liesse.


Cet instant de blancheur qui pique nos frimousses,

Dessine de beaux sourires et efface les tristesses,

Un temps hors du temps posé sans secousse,

Qui s’anime joyeux d’insouciance et de joliesse.


Ça et là fleurissent des bonhommes de neige,

Ça et là petits et grands s’amusent et rient,

Les soucis s’envolent et l’harmonie s’arpège,

Le bonheur revient dans les cœurs meurtris.


De petits riens sont un bien inestimable trésor,

La faculté de rêverie est une faculté divine,

Alors rappelez vous ces instants luminophores,

Chaque fois que la vie se fait plus chagrine.


A chacun je vous souhaite une meilleure année,

Empreinte de cet inestimable trésor de bonheur,

Qui est là, même dans les instants malmenés,

Choyez l’instant et les petits riens à toute heure !


Hélégia

18/01/2021

 

Cette année, j'ai écrit mes vœux plus tard qu'à l'accoutumée car je souhaitais pour une fois prendre ce temps de l'instant précieux... Profiter de mes proches, des premiers jours de l'année et fuir un peu la cacophonie des médias. C'est salvateur de prendre le temps et de marcher dans les pas de nos ancêtres qui prenaient le temps du mois de janvier pour présenter leurs vœux. 

Tendresse, 

Bien à vous, votre renarde dévouée ;) 

 


jeudi 24 décembre 2020

Conte de Noël : « Ça sent le sapin ! »

Conte de Noël : « Ça sent le sapin ! »


(illustration Paolo Barbieri)

   

Quand c’est la saison claire, à vau-de-route, ça tintinnabule ici et là dans la nature… Les grenouilles coassent, les corbeaux croassent, les sangliers grommellent, les pies jacassent, les mulots chicotent, les hirondelles gazouillent, les dindons gloussent et j’en passe !

Pour les conteuses, c’est le paradis pour une cueillette d’histoires et de rumeurs à raconter !

Quand la saison sombre vient, la nature s’enroule dans son édredon de silences, de murmures et de mystères… Cest le moment propice pour les conteuses de tricoter et de filer au coin du feu des légendes. Car oui ! c’est au cœur de l’hiver et à la lueur des bougies que naissent les plus belles histoires à partager.

Nos anciens disaient souvent quand vient une période sombre ou une fin : « ça sent le sapin !!! »… ou «  ça sent le roussi !»… Mais à mon humble avis, quand vient la douce période de Noël, ces expressions prennent pour moi un sens bien plus poétique. Cela m’évoque la bonne odeur du sapin décoré, la bonne odeur du feu qui crépite dans l’âtre, ou encore la bonne odeur des pâtés en croûte, du pain d’épices et des bonnes soupes.

Bref ! Ça sent le sapin ! Le sapin… Les montagnes… Les grands espaces et le grand air !

Saviez-vous qu’au commencement, les dieux et les déesses créèrent la terre et le ciel ? Chacun d’eux apporta sa touche personnelle pour forger le berceau qui accueillerait les humains et les animaux.

Parmi ces dieux, il y en avait un, plus rebelle que les autres : le diable. Il décida de s’affranchir de ses aînés. Fort d’ambition, il quitta les cieux pour vivre dans les entrailles de la terre et il devint le roi des enfers. Comme tout roi, le diable avait une reine et des enfants… beaucoup d’enfants… beaucoup trop de d’enfants… toute une marmaille bruyante et insolente !!!

On raconte que, le diable ne trouvait plus le repos, il ne dormait plus et il n’en pouvait plus tant sa marmaille faisait un tohu-bohu à ne pas s’entendre. Lassé de cette agitation permanente, il expédia ses enfants sur terre afin de retrouver un peu de sérénité. Sur terre, ce fut une pluie de diablotins qui s’abattit sur les montagnes et les endroits les plus isolés du monde. Seulement voilà, les diablotins étaient habitués au cocon chaleureux des enfers, ici dans les montagnes tout paraît bien plus hostile.

L’été, les rochers brûlent les fesses quand le soleil tape et l’hiver, quand les vents froids soufflent sur la cime des montagnes, on grelotte. Il faut dire qu’à cette époque, les plaines, les collines et les montagnes étaient encore vides. Pas un brin de fleur ni même un brin de chamois !

« Ça sent le roussi ! » se dit le diable en entendant ses marmots chouiner parce-qu’ils avaient trop chaud ou trop froid. Il fallait vite qu’il trouve une solution pour que les diablotins ne reviennent pas au bercail. Le repos, c’est sacré !

Alors, il fit pousser des buissons, de mignons petits buissons, mais à son grand désarroi cela fit venir des chevreuils, des chamois, et des lapins qui grignotèrent les baies et le moindre bourgeon.

Il ne resta rien, pas une brindille ni même une feuille. Le diable fit pousser des noisetiers et des alisiers, plus grands, mais là encore tout fut brouté !

Bien embarrassé, le diable fit pousser des arbres encore plus grands et plus feuillus, des hêtres, des chênes et des frênes. Arriva l’automne, toutes les feuilles des arbres, cramoisies et dorées, se retrouvèrent à terre en un grand tapis moelleux pour le plus grand réconfort de nos diablotins. Ces derniers passèrent des heures à chahuter dans ce tapis douillet. Mais, des arbres nus, cela ne protège pas des pluies, ni même des flocons de neige et les diablotins pleurèrent encore d’être trop mouillés et d’avoir froidAlors le diable dut encore remuer ses méninges, pour trouver une solution définitive.

Il fallait un arbre qui protège du vent, de la pluie, de la neige, du froid et de la chaleur. Un arbre qui ne soit pas grignoté par les animaux gourmands et qui soit résistant aux saisons.

Ainsi le diable fit naître le sapin, il reste vert en toutes saisons, protège des intempéries, éloigne les gourmands avec ses branches hérissées, prospère sur toutes les hauteurs et il offre au pied de ses racines, une mousse verte et confortable pour se reposer.

Toute cette histoire suppose aussi que la marmaille du diable est restée sur terre... On peut dire que « ça sent le sapin ! », car si d’aventure vous êtes victimes d’une blague, d’un boucan suspect dans votre maison ou encore d’objets qui disparaissent, c’est sans aucun doute un des diablotins frileux qui s’est réfugié chez vous ! Mais rassurez-vous, comme tout lutins ou esprit familier du logis, on sait l’amadouer de sucreries pour le rendre plus sage et serviable !


Hélégia

24/12/2020


(conte inspiré de légendes du Jura)

Vous l'aurez constaté, l'expression "ça sent le sapin", bien qu'à l'origine morbide, est ici totalement détournée. Non seulement pour exprimer les odeurs positives liées à Noël, au sapin et aux espaces verdoyants, mais également pour marquer le côté impromptu et espiègle de la vie. Alors amusez-vous des facéties de la vie, transformez le négatif en positif, et profitez de chaque instant de la vie, comme les petits diablotins...