« Le Dragon de Tasdemanie »
Illustration bloodofdragons
Le
vent souffle, gronde, et tambourine sur mes volets. Les jours
raccourcissent , la nuit tombe un peu plus tôt chaque soir et
l’obscurité amène avec elle son lot d’ombres, de mystères et
de frissons.
A
vaux de route glissent les ombres, les chuchotements, les grincements
et le bombillement de la nuit.
Une
fois n’est pas coutume, ce soir, à la lueur de la bougie, ma plume
se veut rieuse et un brin délirante, alors que dehors l’obscurité
s’obstine à tricoter des frayeurs…
Il
se fait tard… Soufflons la bougie… voici ce que ma plume me
raconte ce soir :
Il
était une fois… Au Royaume de Tasdemanie… Un prince… Un prince
beau comme le jour… Un prince avec la bouille tout sourire…
Bien
que tout les bambins naissent la bouille en colère, en braillant et
en chouinant, lui, il naît en riant ! Chose plus étrange
encore, il a déjà trois dents et une jolie houppette de cheveux
indisciplinée ! Oui ! Quel bébé étrange !
Toutefois, cette bouille lui donne un charme fou et un brin rigolo.
Ce
petit bout de choux passe à peine la tête pour découvrir le monde,
que sa mère, la Reine de Tasdemanie, éprouve pour lui une tendresse
et un amour incommensurable. Le Roi, quant à lui, à cheval sur les
protocole, l’étiquette et la rigueur, éprouve du dégoût et voit
ce bambin comme une injure à sa gloire et sa prestance. Cet enfant,
ne correspond pas au fils parfait qu’il a tant désiré...
Malgré
le manque d’amour paternel, mais couvé de l’amour de sa mère,
notre petit prince grandit fort et en bonne santé. Toutefois, au
grand désarrois du Roi, notre bon prince est une plaie pour l’ordre
établi à la cour. Joyeux, rieur, farceur et indiscipliné est le
petit enfançon, mais également distrait, bordélique, maladroit,
toujours mal tiffé, et mal sapé en permanence.
Pour
le Roi de Tasdemanie, chaque chose à la cour doit tenir une place
bien définie, sur les tables lors d’un banquet les couverts
doivent avoir un alignement parfait, sur les meubles il n’y a pas
une ombre de poussière, et dans les coins de mur il n’y a aucune
place pour la moindre petite araignée... Sur les terres de son
royaume, il en est de même, chaque champs, chaque maison et chaque
jardin respectent un alignement parfait… Ainsi est le Royaume,
soumis à un tas de manies du Roi…
Arrivé
à l’adolescence, le Prince n’est toujours pas discipliné et il
ne se passe pas une journée sans qu’il ne joue mille et un tours
aux habitants du château et ses parents. Il rivalise d’humour et
d’idées loufoques pour faire tourner en bourriques tout un chacun
avec des blagues exquises et savamment orchestrées… Enfin presque…
N’oublions pas que notre prince est certes le roi de l’humour
mais c’est aussi le roi des gaffes… Là où il passe, il y a de
la casse, il y a des catastrophes et des bourdes à l’étiquette…
et le Roi de Tasdemanie tempête et le déteste chaque jour un peu
plus. Mais cela ne décourage pas le prince dans ses bêtises et son
sourire s’élargit d’autant plus à chaque colère de son père.
Un
jour, un automne, le Prince fait la bourde de trop. On est à
l’approche de la fête des Morts, une saison où chacun rend
hommage à ses ancêtres, et une saison où on se joue des peurs des
uns et des autres pour mieux apprivoiser les ombres de l’hiver qui
approchent.
A la
nuit tombé, le jeune prince décide de se balader, dans les couloirs
et les courtines du château, affublé d’un drap blanc démesuré
pour jouer au fantôme. Pour parfaire son costume, et faire un
maximum de boucan effrayant, il se pare dessous de l’armure de son
père.
Mais
bien étourdi, malavisé, et ayant lui même peur du noir, notre distrait
prince allume une torche sous son drap… et s’en va ainsi dans les
couloirs sans se soucier qu’un drap ça brûle...
C’est
ainsi, qu’apparaît un drôle d’oiseau en flamme courant en
hurlant et en panique dans le château. Les tentures prennent feu, le
trône prend feu, le château prend feu, mais fort heureusement
chacun arrive à sortir à temps du château. La Reine pleure son
fils qu’elle ne trouve pas, le Roi, bien que sévère, s’inquiète
pour son fils unique, et les habitants regardent ébahis le château
se faire dévorer par les flammes.
Tout
à coup, sort des flammes une ombre rougeoyante, on dirait un dragon
flamboyant et immense. L’ombre écarlate se précipite et se jette
dans la rivière qui borde le château. C’est notre prince, affublé
de son drap cramoisi, sain et sauf… Il n’a pas la moindre trace
de brûlure, l’armure de son père l’a préservé des flammes et
sa bourde du soir lui a enfin mis un peu de sagesse dans la tête. La
Reine et Le Roi se précipitent sur lui, heureux de le savoir vivant.
Pour la première fois depuis des années, le Roi exprime son amour
pour son fils, il lui promet d’être moins rigide avec lui et le
Prince présente ses excuses promettant de faire désormais plus
d’efforts sur son rôle à tenir à la cour.
Dès
le lendemain du drame, les habitants, le prince, le roi et la reine,
en pleine solidarité et bienveillance, se mettent au travail pour
reconstruire le château et tourner la page.
Depuis
ce jour, les troubadours chantent dans les contrées voisines,
l’histoire du « Dragon de Tasdemanie », mais personne
ne sait qu’il s’agit réellement d’une banale histoire de
« Drap con » et d’un prince maladroit. Le Royaume de
Tasdemanie prospère et nombreux sont les chevaliers qui viennent en
quête du Dragon de Tasdemanie pour éprouver leur force, leur
bravoure et défier l’animal jusqu’ici introuvable…
Hélégia (Dame Péronnelle la Renarde)
Texte écrit pour l'Association le Merelle et les Hirondelles
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