jeudi 7 avril 2022

La marque rouge de l’hirondelle.

La marque rouge de l’hirondelle.

 

Illustration Pinterest

C’est un printemps particulier qui est de retour, un printemps qui souffle le chaud et le froid, tantôt il dépose sur nos frimousses la caresse chaude du soleil et tantôt il nous griffe d’un froid piquant…

Malgré son inconstance, les oiseaux chantent et la nature reprend peu à peu ses couleurs solaires.

Comme vous le savez, le printemps rime avec hirondelle, alors aujourd’hui je vous emmène en Ukraine pour découvrir une légende qui nous raconte l’origine de la tache rouge que porte l’hirondelle sous son cou.

Il y a très longtemps, dans un petit village niché au creux des montagnes des Carpates, vivaient deux sorcières. L’une d’elle avait une fille et l’autre avait un fils. Leurs deux enfants, deux jeunes et beaux tourtereaux, s’aimaient tant qu’elles décidèrent d’un commun accord de les marier. Après la noce cependant, la mère du jeune homme prit en grippe sa bru, l’accusa de mille maux et la renvoya chez elle sans que son fils le sache. Elle marqua d’un sceau de bannissement l’entrée de la maison de son fils pour que la jeune fille ne puisse plus en franchir le seuil...

De retour chez sa mère, la jeune fille demanda à sa mère de lui apprendre tout les rudiments de la sorcellerie pour briser le sceau, se venger et devenir plus puissante que sa belle-mère qui l’avait chassée. Sa mère l’invita donc à faire du beurre, ensuite elles apportèrent ensemble le beurre à l’étang et le beurre fût jeté à l’eau… A peine le beurre fût-il à l’eau que tous les oiseaux ainsi que tout se qui vivaient sous l’eau, tous se ruèrent sur le beurre pour se le disputer… La mère dit alors à sa fille : «  Tu vois mon enfant, comme ils se battent pour ce beurre ? Il en ira de même pour mon âme… Mon âme sera déchiquetée dans l’autre monde pour tout le mal que j’ai causé avec la sorcellerie...  Alors va voir le monde et oublie la sorcellerie...».

La jeune fille écouta les sages paroles de sa mère et erra à travers le monde pendant un an, et au bout d’un an elle revint à la maison de son époux. Malheureusement, comme elle avait disparu durant un an, son époux la croyait morte, disparue à jamais et avait épousé une autre femme…

La jeune fille, ne pouvant franchir le seuil du logis et ne voulant pas déranger le couple, les observa derrière la fenêtre et vit sa rivale cuisiner et enlever ses manches pour s’en servir à sortir les marmites du feu… Là elle murmura : « Quand je tenais la maison, je n’ai jamais sorti les marmites sans mes manches... ».

Son murmure fût entendu par l’homme qui se précipita dehors pour rejoindre sa belle disparue. Il la sera si fort contre son cœur, que la nuque de la jeune fille se brisa et du sang ruissela de ses lèvres à sa poitrine… L’homme, effondré de perdre à nouveau sa belle, prononça alors avec amour une incantation qui transforma la jeune fille en une belle hirondelle…

Depuis ce jour, l’hirondelle porte sous le cou une jolie marque rouge en souvenir de cet amour et fait son nid sur les maisons.


Hélégia 07/04/2022


Conte écrit pour l’Association Le Merelle et les Hirondelles.

(Conte réécrit et inspiré de légendes d’Ukraine)

 

mardi 22 février 2022

Le Diable boiteux

"Le Diable boiteux."

 

Le temps est aujourd’hui à la pluie et à la tempête, il semble y avoir dans l’air des nuées de diablotins grincheux qui courent sur les toits et qui sifflent dans les frondaisons. Un temps à rester chez soi bien au chaud et à l’abri des projectiles jetés par ces troublions…

Ce temps me donne envie de vous raconter une histoire pleine de malices et de jeux…

Partons pour la contrée du Mont des Cats, à la basse-cour de Wignacourt où chaque jour rires d’enfants et chants du coq font vibrer les murs d’enceinte du château fort. Il faut bien se l’avouer les enfants rivalisent de créativité et de malice pour trouver mille et unes astuces pour s’amuser au Moyen-Age. Pendant que les parents travaillent aux champs ou à la cour de sa seigneurie, les enfants font de petites besognes et le reste du temps courent après les poules, jouent à cache-cache derrière des meules, piquent les vieux cercles du tonnelier et tyrannisent les lavandières.

Parfois le fils du seigneur, Tristan, vient en catimini jouer avec ses copains de la basse-cour, ils jouent alors à la marelle, à la toupie ou aux billes de terre cuite ( à défaut avec des noisettes).

Un jour, voulant épater ses copains, il leur propose de jouer à un nouveau jeu très réputé à la cour mais réservé aux nobles adultes. Ils jouent donc à « Le roi qui jamais ne ment », les joueurs élisent un « Roi » fictif et lui posent à tour de rôle une question. Mais attention... Ce jeu exige l’exacte vérité, sans triche, avec une subtile diplomatie et avec élégance. Hors, vous le savez tout comme moi, les enfants ne sont pas très doués pour éviter de froisser un camarade et ça part vite au pugilat.

Évidemment, celui qui est « Roi » ce jour là n’est autre que Tristan, il se vexe vite et fait preuve d’une colère digne d’un seigneur de mauvaise foi. Attiré par les railleries et les cris des enfants, un étrange personnage somptueusement vêtu de noir, aux yeux vicieux et doigts crochus, s’approche des enfants et s’invite à leur jeu. Un silence s’est posé sur le conflit des enfants, l’intrus impose ses propres règles, c’est maintenant lui le « Roi » et chaque enfant doit répondre à ses questions sans mentir… S’ils mentent, c’est la sentence ! Les enfants ne savent pas à quelle sentence s’attendre, mais l’enfer brille tant dans les yeux de l’inconnu, ils devinent aisément que leurs vies et leurs âmes sont menacées.

Chacun sait… L’union fait la force ! Les enfants s’unissent malgré leurs différents, ils grugent l’inconnu, mentent avec subtilité et intelligence à chaque question, et se sortent avec brio de chaque « question piège ». A tel point que l’inconnu, qui n’est autre que le diable, finit par perdre patience et se met en colère… Une colère monstrueuse qui révèle enfin son vrai visage. Sa seigneurie, le diable, n’aime pas perdre ! Le voilà maintenant plus grand qu’une montagne de barriques de vin, la tête munie de cornes démesurées, la bouche béante et la langue brûlante de flammes, les pieds bottés de sabots, et une queue de dragon écailleuse et pointue.

Les enfants, effrayés, tentent de fuir et courent dans tout les sens. Le diable, rapide, frappe un des enfants avec sa queue, le tue et en fait un démon. Les autres enfants essaient de se cacher du mieux possible, mais un autre enfant est touché. Alerté par les cris de terreur des enfants, le seigneur du château, accompagné du curé, intervient avec toute sa garde et fait déguerpir le diable à coup de prières et d’épées. Le diable, lourdement blessé à un sabot, repart boiteux comme un miséreux. Tristan, le Fils du Seigneur, et ses compagnons s’en sont sortis de justesse, ils ont perdu deux amis et se jurent de ne plus se chamailler pour des broutilles.

Depuis ce jour-là, les enfants jouent à un jeu bien connu qui s’appelle « Le diable boiteux ». Les règles du jeu sont assez simples. On représente au sol un carré de 2m sur 2m qui est l’antre du diable. Un des enfants fait le diable et quand il sort du carré (en se déplaçant en boitant ou à cloche pied) il crie « le diable vient ». Aussitôt les autres enfants doivent éviter de se faire toucher par le morceau de tissu qu’il tient enroulé à sa main et symbolisant la queue du diable. L’enfant touché devient alors à son tour un diablotin qui aide le diable dans sa chasse. Le dernier joueur restant gagne la partie.

 

Hélégia (22/02/2022)

Conte écrit pour l’Association Le Merelle et les Hirondelles.


 

dimanche 16 janvier 2022

L’Hermine, la rouquine qui devint p’tit flocon de neige.

L’Hermine, la rouquine qui devint p’tit flocon de neige.

 
Illustration TamberElla

L’hiver, bien que pluvieux, est bien doux cette année. Depuis quelques jours, le soleil moins timide vient réchauffer un peu nos frimousses. Je ne sais pas pour vous, mais perso la neige me manque un peu et cela me donne une folle envie de nous raconter une histoire toute mignonne…

C’est bien connu, tous quand c’est l’hiver, on est impatient de retrouver les beaux jours, le printemps et les premières fleurs. C’était le cas d’une belle hermine, au pelage brun cuivré, qui se promenait vive et joyeuse à travers la forêt en sommeil. Ça et là, ses amis dormaient d’un sommeil profond en attendant le Printemps et la nature arborait un sublime manteau blanc.

Notre petite rouquine au plastron blanc gambadait guillerette à la recherche d’un ami réveillé. Malgré son enthousiasme, sa joie de vivre, elle se sentait bien seule… S’amuser et discuter avec des pignons de pin ou des brindilles de bois comme amis imaginaires, ça va bien un moment mais c’est plus marrant d’avoir de vrais compagnons pour s’amuser.

Il vint donc à notre belle hermine une idée folle d’essayer de réveiller quelques uns de ses amis. Elle monta dans le grand chêne pour réveiller l’écureuil, mais elle n’y parvint pas. Elle se faufila dans le nid de feuilles du hérisson, mais celui-ci ne se réveilla pas non plus. Elle se glissa dans le terrier de la marmotte, mais là aussi nouvel échec. Il en vint de même avec son ami le crapaud, son ami le lérot, son amie la coccinelle ou encore son amie la grenouille…

Il lui restait encore un dernier ami à essayer de réveiller, un ami parfois un peu bougon mais très sympa pour trouver les meilleures caches de miel quand on est gourmand : Firmin l’Ours.

Firmin était bien installé dans sa grotte et bien endormi comme tout les autres. Du bout de ses pattes, notre belle rousse essaya de le réveiller, mais rien n’y fit… Alors taquine, notre amie l’hermine, tant qu’à être seule, décida de s’amuser un peu de la situation. Elle tira les oreilles de Firmin, elle fit du trampoline sur ventre dodu, et elle souffla très fort sur son museau. Si bien que Firmin, qui ne dormait que d’un œil, se réveilla et émit un grognement de colère si tonitruant que notre hermine en devint blanche de peur et se sauva aussi vite qu’elle pût.

Elle couru vite et passa par mégarde sur les territoires ennemis du loup et du renard, qui sont toujours à l’affût pour essayer de la croquer. Son petit cœur battait vite et elle fila aussi vite qu’elle le pouvait. A sa grande surprise, elle passa inaperçue et échappa facilement à ses prédateurs…

C’est ainsi que depuis, l’hermine prend un manteau blanc l’hiver en se faisant peur toute seule. Elle se fait petit flocon de neige pour devenir invisible aux yeux de tous.


Hélégia


Conte réécrit pour l’Association le Merelle et les Hirondelles.

Texte original sur : http://www.iletaitunehistoire.com/

mercredi 12 janvier 2022

Souhaits 2022

  Souhaits 2022.

 

 
illustration - pinterest 

 

Le temps tourne et s’écoule comme de juste,
Le vieil an bien abîmé a passé le flambeau
Au jeune an déjà bien troublé de heurts robustes,
Le temps file mais s’habille des mêmes oripeaux…

Nous voilà repartis pour un énième sacré tour,
Un mauvais tour de passe-passe bien indigeste,
Le sablier ne devrait pas s’égrener sans amour,
Pourtant on se déchire aux moindres mots ou gestes.

La terre frêle continue inlassable sa circonvolution,
Et nous la faisons souffrir chaque jour d’avantage.
Ça et là guerroient les égos, les peuples et les nations,
Ça et là pour un euro disparaissent faune et feuillages.

Quand fatalement ouvrirons nous les yeux enfin ?
Des solutions mésologiques il y en a en pagaille,
Les films documentaires « Animal » ou « Demain »
Démontrent cet espoir alors changeons de gouvernail !

« Le bonheur n’est pas dans la possession,
dans l’avoir mais dans l’être » a écrit un ami
Que chacun reconnaîtra dans cette citation,
Il nous revient de préserver toutes formes de vie.

De bonnes et fortes résolutions sont nécessaires :
Planter des arbres et limiter les zones bitumées,
Réduire nos déchets pour sauver océans, mers et terres,
Avoir une consommation plus étique et raisonnée.

Je pourrai citer encore bien d’autres solutions,
Tant il y en a à construire des idées pérennes
Pour sauver notre belle planète, notre maison,
Le Vivant dont nous faisons partie est notre ADN…

Ma plume ce jour parait sombre et moralisatrice,
Cependant c’est mon cri d’espoir et de souhaits.
Que cette nouvelle année soit moins destructrice,
Et plus tournée vers l’action vertueuse et raisonnée.

Que cette année vous soit inspirante et meilleure,
Que l’amour, la paix et la sagesse vous guident
Pour construire l’avenir et la « bonne heure »
Où nos efforts feront de la Terre un havre solide…


Hélégia 12/01/2022

 

mardi 21 décembre 2021

Joyeux solstice d'Hiver !

Joyeux Solstice d'Hiver ! 

 
Illustration : WrensHollow

Rien n’est éternel, rien n’est tout noir ou tout blanc, tout est question d’équilibre et de transformation. Les choses évoluent, changent, et amènent à une certaine maturité où tout finalement devient plus simple et plus clair à l’esprit.

En ce jour, le solstice d’hiver dépose un peu de clarté et d’équilibre dans les cœurs. La Terre, qui s’obstinait ses derniers jours à revêtir un drapé humide et triste, a revêtu un joli manteau de lumière. Hier encore Damoiselle la Pluie, couturière attitrée de Dame la Terre, tissait inlassable des drapés de bruine et de brume glacée. Ce matin, pour le solstice d’hiver, elle a drapé la Terre d’une belle robe de givre et de rayons solaires.

Le solstice d’hiver est ce point d’équilibre où la danse céleste du Soleil rappelle à chacun que la vie est elle aussi un savant équilibre entre l’ombre et la lumière. Nous voilà pile au centre de la saison sombre où, après la nuit la plus longue, les jours peu à peu commencent à s’allonger, le Soleil renaît enfant et vient se lover dans les jupons de la Terre. Le géant Hiver va continuer encore quelques mois à faire la cour à la Terre, et l’enfant Soleil va grandir bien muché entre les bras de la Terre et de sa Sœur la Lune.

La Pluie, quant à elle amoureuse en secret du géant Hiver, va continuer à rêver d’un amour impossible, d’un baiser de givre volé, ou encore d’une simple étreinte avec ce beau géant...

Mais qui sait... l’Hiver est un géant de glace au cœur tendre et frivole comme un flocon de neige, alors il se pourrait bien que s’il succombe peut-être aux avances d’une belle ondée de la Pluie. La Demoiselle serait alors une couturière comblée et de ses doigts naîtraient les plus belles dentelles blanches. La Terre, point jalouse de cet amour éphémère, revêtirait son plus beau manteau blanc pour assister aux noces de l’Hiver et de la Pluie. Après tout, la Terre a un autre petit être à aimer et à protéger: l’enfant Soleil. Celui-ci doit grandir pour devenir plus fort et doit rester bien au chaud dans son petit manteau de lumière encore bien trop frêle pour se confronter au géant Hiver.

En attendant, aujourd’hui la Terre célèbre la naissance de l’enfant Soleil, un enfant déjà bien fier qui nous honore en ce solstice de sa chaleureuse lumière.

Dans mon humble demeure, pour fêter le solstice, s’est invité un ami que vous connaissez certainement si vous avez lu mes précédentes pérégrinations poétiques… Il s’agit de Grippin, le farfadet bien turbulent et bien farceur qui prend un malin plaisir chaque jour à cacher mes clés, ma paire de lunettes, mes ustensiles de cuisine ou encore mon téléphone portable. Comme il fait froid dehors, il a m’a aimablement rappelé son amitié précieuse pour que je l’héberge quelques jours… Quelques jours qui sont déjà devenus quelques semaines bien longues et facétieuses...

En effet, la cohabitation avec un farfadet, un lutin ou tout autres êtres féeriques n’est jamais aisé… Prenez garde ! Non seulement ça se vexe vite mais en plus ça se venge de façon démesurée. Mais comme je vous l’ai dit plus haut, rien n’est tout blanc ou tout noir, tout est question d’équilibre comme un solstice.

Donc, il m’a fallut mettre un peu d’eau dans mon vin pour cohabiter avec mon Ami Grippin. Quand il chaparde mes cookies sortis du four, j’accuse mon mari d’être trop gourmand comme ça Grippin ne se vexe pas, il ne s’énerve pas et il ne course pas mes chats dans toute la maison. Quand il range ma maison la nuit, le lendemain matin je lui laisse une belle tasse de chocolat chaud avec une pincée de cannelle pour le remercier. Quand je perd mes clés, je chante sa chanson préférée et ainsi mes clés réapparaissent à côté de mon sac à main. S’il me casse les pieds en bavardant trop, je renverse sur le sol de petites graines de tournesols ou autres comme ça je suis tranquille au moins une heure… Car chacun sait, de nombreux farfadets ou lutins ne peuvent s’empêcher de trier, de ranger et de compter une à une des graines tombées au sol…

Tout ça pour vous dire, que tout est équilibre et savoir se remettre en question pour vivre en harmonie avec le bon et le mauvais… Rien n’est blanc, rien n’est noir, tout est transformation et patience pour avoir assez de créativité et d’astuces pour vivre chaque instant sereinement.

Joyeux Solstice à tous !

 

Hélégia


Texte écrit pour ce solstice et pour l'Association Le Merelle et les Hirondelles.

lundi 6 décembre 2021

L'Hiver est un géant...

 L'Hiver est un géant...

 

Illustration by Mellodee on DeviantArt

Depuis quelques jours , les températures piquent et la Pluie semble hésiter devant sa garde-robe… Robe de dentelles givrées ? Tunique de bourrasques humides ? Cape d’averses glacées ?.

La Pluie a un géant de glace à séduire : l’Hiver !. La Pluie aimerait se faire enlacer par ce géant fêlé et givré pour revêtir son plus beau manteau blanc, brodé et constellé de flocons. Magnifiée la Pluie laisserait sa traîne de mariée éphémère s’étaler sur les flancs de la Terre et les toits de nos maisonnées.

L’Hiver est un géant de glace dont les baisers soufflent le frisson du vent du nord. C’est un bougon séduisant et effrayant à la fois qui fait rougir les joues de bien des Dames et des Damoiselles.

Dans sa chevelure rebelle perlent de petites étoiles de givre, sa barde est blanche comme le duvet cotonneux des nuages, et ses yeux sont l’écrin de l’éclat du soleil en sommeil.

L’Hiver est un géant de glace fort et capable de tresser la glace pour construire des palais de givre. Il peut sculpter des chapelets de cristaux et filer de la dentelle de glace pour orner les arbres et les rochers. L’Hiver est un géant de glace taillé dans la peau des glaciers et des montagnes des contrées du nord. Au creux de sa poitrine danse les nuits sans lune et brille l’étoile polaire.

Quand l’Hiver laisse traîner ses longs doigts griffus sur les toitures et les volets, ces derniers émettent une plainte grinçante qui fait trembler les murs de nos maisonnées. Un frisson glacé parcourt alors les planchers qui craquent et qui gémissent. On pourrait croire nos maisons envahies de spectres ou d’esprits malicieux…

Mais qui sait ?… C’est peut-être bien cela… ou pas… Car nul ne sait ce qui se cache dans la brume polaire qui encapuche ce géant et le suit comme une longue traîne. Toujours est-il qu’au-delà des apparences, notre géant de nous invite à profiter pleinement de notre chaleur intérieure tant celle qui loge dans notre cœur que celle qui est notre foyer.

L’Hiver est un géant qui insuffle les idées créatives à nos tablées. A la saison sombre, on cuisine de fins mets qui réchauffent les cœurs et qui réunissent les âmes autour d’un bon repas de famille.

Ce géant de glace souffle aux conteurs les plus belles légendes, fables ou fantaisies du vent du nord à partager au coin du feu. Le temps des frimas nous invite à la pause thé, on s’emmitoufle dans une couette chaleureuse et on sort notre livre préféré à lire. Quand le géant Hiver nous enlace, on apprend à entretenir notre feu intérieur, cette petite étincelle de lumière qui rejaillira plus forte et plus belle à la saison claire.

Avec l’Hiver, on renoue d’amitié avec les mystères et la magie, c’est aussi la période propice où l’on fait d’étranges rencontres avec des êtres féeriques ou malicieux qui viennent peupler les coins cachés de nos maisonnées… Mais tout ça ce sont d’autres histoires et je vous en reparlerais dans un autre post.

Que l’Hiver, qui s’installe, vous soit doux et inspirant… 

 

Hélégia


Texte écrit pour l’Association le Merelle et les Hirondelles.

lundi 22 novembre 2021

Mémoire de la soeurcière.

Mémoire de la soeurcière.

 

 

Le silence est l’insolence de six lances

Qui transpercent le cœur de l’innocente,

Six lances amies pour abréger la souffrance

De celle trahie dénoncée vile et démente.


Silence d’un flot de larmes qui s’élance

A l’assaut des flammes qui s’élèvent,

Silence d’une âme bafouée sans défense

Dont partent en fumée vie, espoir et rêves.


Si lent est le peuple face à la cruelle injustice,

Prompt est la cruauté des uns à livrer les siens,

Silence de coupables d’infamies et de vices,

Six lances braves face à ces lâches vauriens.


Silence d’une haine qui ne s’éteint jamais,

Six lances bientôt condamnées elles aussi,

Si lent est le supplice de ces âmes jadis aimées,

Mais trahies par leurs familles et leurs amis.


Silence de la douleur sourde de ces femmes,

Qui ont soigné et sauvé la vie de tout un chacun.

Silence d’un peuple aveugle qui trahi et blâme

Celles qui ont mis au monde leurs bambins.


Silence de la nuit qui rappelle à la mémoire,

Pour ne pas oublier celles qui fût nos amies,

Nos mères, nos lances guerrières mortes un soir,

Au cœur des brasiers de la haine et de l’infamie.


Ce soir à la lueur des astres et de la lune,

Je rend femmage à la mémoire de ces sœurs,

Ces guerrières de lumière victimes d’infortune,

Ces guérisseuses et herboristes au grand cœur.


Je suis une femme et une sœurcière aimée,

Je suis et nous sommes les petites-filles,

Des sorcières que vous ne pouviez brûler,

Nous sommes la mémoire et la fière apostille.



Hélégia 22/11/2021


mardi 9 novembre 2021

Le Soleil, le Gel et le Vent

 « Le Soleil, le Gel et le Vent »

 (inspiré d’un conte biélorusse).


Nous voilà entrés dans la saison sombre, les jours se drapent peu à peu de températures piquantes et d’un manteau de frissons.
Si d’aventure au détour des chemins vous croisez trois étranges et beaux seigneurs, prenez garde au choix que vous ferez lors de vos salutations… Certains choix d’amis sont parfois importants pour passer les saisons…

Il y a longtemps, un jour, un brave paysan revenant des champs croisa ces trois beaux seigneurs. Trois étranges personnages, richement vêtus, d’allures fières et différentes.

L’un était paré d’un manteau rouge éclatant brodé de fils d’or, l’autre portait un manteau blanc brodé d’argent, et le troisième était drapé d’un long manteau azur brodé de plumes blanches…

Le paysan, poli, s’écarta du chemin pour les laisser passer, baissa son chapeau et les salua respectueusement. Seulement voilà, nos trois beaux seigneurs sont de nature susceptible... Sûr de leur autorité, ils demandèrent prétentieusement au paysan lequel d’entre eux il avait salué d’une telle révérence. La situation est bien embarrassante et prend au dépourvu le paysan.

Devant le silence désappointé du paysan, ils réitèrent leur question : « Alors ! Qui as tu saluer ? Nous sommes le Soleil, le Gel et le Vent ! ».

Le paysan regarda attentivement les trois individus. Le premier vêtu de rouge semblait avoir un tempérament chaleureux et fort... mais autoritaire… C’était le Soleil. Le second voûté et mince semblait plus revêche, grinçant et glacial… C’était le Gel. Quant au dernier, avec ses cheveux ébouriffé, il semblait être totalement tout fou, jovial et avait l’air d’avoir plus d’un tour dans son sac… C’était le Vent.

A y bien réfléchir, quant à se faire deux ennemis, mieux vaut choisir un bon ami. Le paysan annonça donc qu’il avait salué le Seigneur Vent.

Le Soleil et le Gel s’en trouvèrent très vexés, très fâchés et jurèrent de se venger de cet affront l’été et l’hiver prochain.

L’Été venu, il fit très chaud et le paysan s’inquiétait pour ses récoltes. Le Soleil revanchard essaya de faire griller son champ et fit craqueler la terre, toutefois le Vent vint souffler un peu d’air frais pour rafraîchir le sol et pousser quelques nuages au-dessus des cultures. Cette année là, le paysan fît une très belle récolte pour préparer l’hiver.

L’Hiver arriva à grand pas et fût très froid, heureusement cet hiver là le Vent ne souffla pas, cela rendit le froid plus supportable, et le paysan avait rentré assez de bois et de vivres pour ne pas avoir à sortir de son logis de la saison.  Cependant, comme on dit : « la vengeance est un plat qui se mange froid », le Gel n’avait pas dit son dernier mot et fit prolonger l’hiver plus longtemps. Si bien que le paysan fût bientôt à court de bois pour se chauffer.

Se couvrant bien, il sorti donc pour aller quérir du bois, il attela sa carriole et parti en forêt. Sur le chemin, vicieux le Gel, qui avait tant attendu ce moment, se mit à le piquer dans tout les sens et se faufila sous son manteau, dans ses gants et sous son épais chapeau. Ainsi torturé par le Gel et n’y tenant plus, le paysan descendit de sa carriole et finit sa route, tout en guidant son cheval, en courant à côté de sa carriole. Courir ainsi le réchauffa tellement, qu’arrivé à la clairière, il dût se dévêtir un peu. Il posa ses vêtements sur un tronc d’arbre le temps de débiter le bois nécessaire pour chauffer son logis. Malheureusement, le Gel profita de ce moment pour se faufiler dans les moindres fibres des vêtements du paysan. Si bien, qu’au moment de se revêtir et de partir, le paysan trouva ses vêtements glacés, raides et piquants… Impossible de les remettre ! Énervé le paysan, prit sa cognée et frappa de toutes ses forces avec le manche de celle-ci sur ses gants, son manteau et l’ensemble de ses habits gelés… Tant et si bien que le givre vola en éclat, le Gel se retrouva roué de coups, brisé en mille morceaux et poussé par le Vent vers les contrées du Nord où il trouva refuge.

Vous l’aurez compris, lorsque vous croiserez ces trois seigneurs, choisissez bien votre ami!

Si vous voyez aujourd’hui sur un toit une girouette, c’est que le propriétaire du logis a pour ami le Vent et cette girouette est le symbole de leur amitié.


Conte Biélorusse réécrit par 
Helegia pour l'Association 
Le Merelle et les Hirondelles



lundi 25 octobre 2021

Le Dragon de Tasdemanie

 

« Le Dragon de Tasdemanie »

Illustration bloodofdragons

Le vent souffle, gronde, et tambourine sur mes volets. Les jours raccourcissent , la nuit tombe un peu plus tôt chaque soir et l’obscurité amène avec elle son lot d’ombres, de mystères et de frissons.

A vaux de route glissent les ombres, les chuchotements, les grincements et le bombillement de la nuit.

Une fois n’est pas coutume, ce soir, à la lueur de la bougie, ma plume se veut rieuse et un brin délirante, alors que dehors l’obscurité s’obstine à tricoter des frayeurs…

Il se fait tard… Soufflons la bougie… voici ce que ma plume me raconte ce soir :

Il était une fois… Au Royaume de Tasdemanie… Un prince… Un prince beau comme le jour… Un prince avec la bouille tout sourire…

Bien que tout les bambins naissent la bouille en colère, en braillant et en chouinant, lui, il naît en riant ! Chose plus étrange encore, il a déjà trois dents et une jolie houppette de cheveux indisciplinée ! Oui ! Quel bébé étrange ! Toutefois, cette bouille lui donne un charme fou et un brin rigolo.

Ce petit bout de choux passe à peine la tête pour découvrir le monde, que sa mère, la Reine de Tasdemanie, éprouve pour lui une tendresse et un amour incommensurable. Le Roi, quant à lui, à cheval sur les protocole, l’étiquette et la rigueur, éprouve du dégoût et voit ce bambin comme une injure à sa gloire et sa prestance. Cet enfant, ne correspond pas au fils parfait qu’il a tant désiré...

Malgré le manque d’amour paternel, mais couvé de l’amour de sa mère, notre petit prince grandit fort et en bonne santé. Toutefois, au grand désarrois du Roi, notre bon prince est une plaie pour l’ordre établi à la cour. Joyeux, rieur, farceur et indiscipliné est le petit enfançon, mais également distrait, bordélique, maladroit, toujours mal tiffé, et mal sapé en permanence.

Pour le Roi de Tasdemanie, chaque chose à la cour doit tenir une place bien définie, sur les tables lors d’un banquet les couverts doivent avoir un alignement parfait, sur les meubles il n’y a pas une ombre de poussière, et dans les coins de mur il n’y a aucune place pour la moindre petite araignée... Sur les terres de son royaume, il en est de même, chaque champs, chaque maison et chaque jardin respectent un alignement parfait… Ainsi est le Royaume, soumis à un tas de manies du Roi…

Arrivé à l’adolescence, le Prince n’est toujours pas discipliné et il ne se passe pas une journée sans qu’il ne joue mille et un tours aux habitants du château et ses parents. Il rivalise d’humour et d’idées loufoques pour faire tourner en bourriques tout un chacun avec des blagues exquises et savamment orchestrées… Enfin presque… N’oublions pas que notre prince est certes le roi de l’humour mais c’est aussi le roi des gaffes… Là où il passe, il y a de la casse, il y a des catastrophes et des bourdes à l’étiquette… et le Roi de Tasdemanie tempête et le déteste chaque jour un peu plus. Mais cela ne décourage pas le prince dans ses bêtises et son sourire s’élargit d’autant plus à chaque colère de son père.

Un jour, un automne, le Prince fait la bourde de trop. On est à l’approche de la fête des Morts, une saison où chacun rend hommage à ses ancêtres, et une saison où on se joue des peurs des uns et des autres pour mieux apprivoiser les ombres de l’hiver qui approchent.

A la nuit tombé, le jeune prince décide de se balader, dans les couloirs et les courtines du château, affublé d’un drap blanc démesuré pour jouer au fantôme. Pour parfaire son costume, et faire un maximum de boucan effrayant, il se pare dessous de l’armure de son père.

Mais bien étourdi, malavisé, et ayant lui même peur du noir, notre distrait prince allume une torche sous son drap… et s’en va ainsi dans les couloirs sans se soucier qu’un drap ça brûle...

C’est ainsi, qu’apparaît un drôle d’oiseau en flamme courant en hurlant et en panique dans le château. Les tentures prennent feu, le trône prend feu, le château prend feu, mais fort heureusement chacun arrive à sortir à temps du château. La Reine pleure son fils qu’elle ne trouve pas, le Roi, bien que sévère, s’inquiète pour son fils unique, et les habitants regardent ébahis le château se faire dévorer par les flammes.

Tout à coup, sort des flammes une ombre rougeoyante, on dirait un dragon flamboyant et immense. L’ombre écarlate se précipite et se jette dans la rivière qui borde le château. C’est notre prince, affublé de son drap cramoisi, sain et sauf… Il n’a pas la moindre trace de brûlure, l’armure de son père l’a préservé des flammes et sa bourde du soir lui a enfin mis un peu de sagesse dans la tête. La Reine et Le Roi se précipitent sur lui, heureux de le savoir vivant. Pour la première fois depuis des années, le Roi exprime son amour pour son fils, il lui promet d’être moins rigide avec lui et le Prince présente ses excuses promettant de faire désormais plus d’efforts sur son rôle à tenir à la cour.

Dès le lendemain du drame, les habitants, le prince, le roi et la reine, en pleine solidarité et bienveillance, se mettent au travail pour reconstruire le château et tourner la page.

Depuis ce jour, les troubadours chantent dans les contrées voisines, l’histoire du «  Dragon de Tasdemanie », mais personne ne sait qu’il s’agit réellement d’une banale histoire de « Drap con » et d’un prince maladroit. Le Royaume de Tasdemanie prospère et nombreux sont les chevaliers qui viennent en quête du Dragon de Tasdemanie pour éprouver leur force, leur bravoure et défier l’animal jusqu’ici introuvable…


Hélégia (Dame Péronnelle la Renarde)

Texte écrit pour l'Association le Merelle et les Hirondelles


 

.

lundi 18 octobre 2021

Mon Ami Grippin

 

Mon ami Grippin.

 

Illustration Bruno BRUCERO.

Le vent souffle, les feuillus frissonnent et les filoures en bonnes fées sorcières ont sorti leurs balais pour faire danser les feuilles mortes. Avec élégance et poésie, les graciles feuilles tourbillonnent et virevoltent au rythme du chant de la brise.

Ce ballet savamment orchestré par ces filoures, esprits du vent, émerveille mes sens et me plonge au pays des songes. Il me semble, dans ma rêverie éveillée, voir apparaître un dragon au cœur de cette danse des éléments.

Un dragon… Un dragon crachant flammes, flammèches et serpentant la forêt… Un géant ailé au museau fumant de poussière d’humus des sous bois, un dragon aux yeux brillants de l’éclat du soleil qui transperce les frondaisons et aux écailles cramoisies d’or et de carmin.

Ainsi plongée dans mes pensées oniriques, je ne prête pas attention où je pose mes pieds et patatras je trébuche et je me rétame de tout mon long sur le sentier que j’empruntais. La poisse ! Me voilà bien propre maintenant ! Il me semble bien que je sois victime d’un vilain farfadet ou d’une des filoures. Ces coquins aiment bien souvent faire des croques-en-jambe aux humains distraits.

Un ricanement sournois se fait entendre dans les fougères et une petite tête de farfadet aux yeux globuleux me scrute heureux de son forfait… Prestement, je me relève et je me jette sur ce coquefredouille qui m’a joué ce vilain tour. Le pauvre n’a pas le temps de s’échapper, il peste, il s’insurge et il me crache à la figure mille et uns noms d’oiseau que je ne me permettrais pas de vous répéter… Mais ces mots espiègles, vulgaires et colorés, me valent un énorme fou rire.

Surpris de ma réaction, notre coquefredouille se calme et me rejoint dans mon fou rire. Tous les deux, nous rions de bon cœur, à gorge déployée, à chaudes larmes et à ne plus savoir reprendre notre souffle. On finit tous deux, les fesses au sol, assis sur un tapis de mousse et de feuilles confortable pour reprendre notre souffle.

On prend alors le temps de faire connaissance et d’échanger quelques banalités de saison. De fil en aiguille, sympathie, convivialité et jovialité s’installent entre nous. Si bien que « Grippin », tel est son nom, partage avec moi quelques anecdotes et histoires légendaires.

Après s’être fait un au revoir chaleureux, me voilà sur le chemin du retour avec la tête pleine de nouvelles histoires à déposer dans mon grimoire… et une chanson de mon farfadet coquin qui m’invite à prendre garde à mon grimoire…


« Un, deux, trois, trois p’tits contes,

Sont entrés dans mon grimoire,

Ce matin, un lutin, sans grand’honte,

A grignoté mon grimoire … »

 

Hélégia (Dame Péronnelle la Renarde)


 

Texte écrit pour l’Association le Merelle et les Hirondelles